31/05/2018

La force par l'exemple...

A la sollicitation des médias, j’ai récemment eu l’imprudence de partager le fond de ma pensée sur les déplacements monomodaux de Monsieur Maudet et plus particulièrement sur son appétence toute personnelle pour les jets privés à l’heure du covoiturage… Bien mal m’en a pris !

 

Pierre Maudet, en politique depuis 1999, Conseiller d’Etat depuis 2012, Président du Conseil d’Etat n’est pas ce que l’on pourrait appeler un perdreau de l’année…

 

Si par extraordinaire Monsieur Maudet avait pu oublier les obligations liées à sa fonction, il lui suffisait de relire les toutes premières phrases du discours de Saint-Pierre prononcé le 10 décembre 2013 par son prédécesseur et ami, Monsieur Longchamp :

 

« Il y a 200 ans, Genève a choisi la Suisse. Choisir la Suisse, c'est défendre l'idée que l'Etat est au service du citoyen et non le contraire… »

 

 Pierre Maudet, avec l’expérience et la culture qui est la sienne ne pouvait sérieusement ignorer qu’au-delà des obligations strictement constitutionnelles qui accompagnent sa fonction, il se devait, pour préserver l’Institution qu’il représente, pour protéger la République, pour ne pas ajouter l’opprobre aux régulières critiques formulées à l’encontre des citoyens engagés en politique, aller au-delà et, oserai-je dire, être exemplaire et ne pas se comporter de telle sorte qu’un doute puisse exister quant à la moralité de son comportement…

 

En adoptant un comportement laissant place à la suspicion, c’est à la confiance que Monsieur Maudet a porté atteinte et sans confiance, il n’y a plus de possibilité de représentation et dès lors, la démocratie, notre démocratie, est en danger.

 

Ce n’est ni plus, ni moins ce qu’écrivait Madame Delmas-Marty en 1995 :

 

« … la corruption abolit la confiance qui rend possible le mécanisme de la représentation.

 Du même coup, elle dénature la société démocratique, comme elle affaiblit l’Etat de droit, en réduisant à de simples fictions le respect de la légalité et la garantie judiciaire… »  (La corruption : L’envers des droits de l’homme, Fribourg, 1995)

 

 C’est précisément ce que j’ai tenté d’exprimer, peut être maladroitement, avec mon vocabulaire pauvre et ma faible expérience dans une récente interview…

 

Mais que diable suis-je allé faire dans cette galère ?

 

Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa !

 

Dieu merci, nombreux sont mes amis politiques et nombre d’entre eux ont tenu à me signaler mon faux pas et à me rappeler à l’ordre, avec plus ou moins de fermeté ou de franchise…

 

Qu’il me soit ici autorisé à remercier tout particulièrement l’un des plus éminent d’entre eux, lequel, avec toute l’humilité, la modestie, le tact et la retenue qui le caractérise, m’a expressément invité à plus de modération par ces quelques mots délicats lesquels, qu’il en soit bien convaincu, me sont allés droit au cœur :

 

« J’ai grand peine avec ces gens de peu de culture qui s’érigent en juges et en donneurs de leçons. Leur inculture sonne alors terriblement. »

 

 L’honnêteté m’oblige à faire part des doutes que j’ai pu ressentir à la réception de ce message : était-ce une critique de l’inculture ou des juges ? La culture est-elle la qualité préalable à l’acte de juger ? Faut-il être cultivé, et donc éduqué pour juger de la conduite ou de la morale d’autrui ? Dès lors, existerait-il une caste détentrice d’un monopole de la morale, de l’honnêteté ou de la probité ?

 

J’en doute…

 

Alors, humblement, je me suis plongé, à nouveau, dans les textes qui régissent cette République, et ce, notamment parce que quelques citoyens, plus ou moins cultivés, ont souhaité m’y confier un rôle… celui de Député.

 

A l’article 104 de notre constitution, sous le titre « Indépendance », j’ai pu y lire que :

 

« Les membres du Conseil d’Etat exercent librement leur mandat. Ils rendent publics leurs liens avec des groupes d’intérêts. »

 

 Et, sous l’article 94, sous le titre « Haute surveillance », j’y ai découvert que :

 

« Le Grand Conseil exerce la haute surveillance sur le Conseil d’Etat, l’administration et les institutions cantonales de droit public, ainsi que sur la gestion et l’administration du pouvoir judiciaire et de la Cour des comptes. »

 

 J’ai donc, à tort, considéré qu’il était de mon devoir de m’interroger sur le comportement d’un membre, et non des moindres, du Conseil d’Etat, il s’agissait, ici encore, selon moi d’une question de confiance à l’égard des citoyens qui m’ont porté au Grand Conseil…

 

A la lecture des réactions précédemment évoquées, j’ai manifestement fait fausse route en m’attaquant à l’enfant prodigue, pour ne pas dire la vache sacrée de la République…

 

« Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément »

 

Face à l’incompréhension provoquée par mon intervention, j’ai manifestement eu du mal à exposer clairement ce que je pensais du comportement de monsieur Maudet… sans doute était-ce par ce que j’ai du mal à concevoir qu’un tel homme puisse avoir un tel comportement…

 

D’aucuns voudraient des excuses ils patienteront, je débute encore en matière de cynisme…

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